Bobet a fortifié le MoDem

SUD OUEST | Lundi 16 Mars 2009 | LE BOUSCAT.

L’alliance entre droite et centre a explosé un mois après les élections. Le maire Patrick Bobet a relégué le MoDem dans l’opposition, au bénéfice de son unité girondine

Bobet a fortifié le MoDem

Avec 65 % des voix au premier tour, le maire du Bouscat, Patrick Bobet avait tout pour passer un deuxième mandat tranquille. Mais voilà : dans son souci de rassemblement avec ses amis centristes (14 % des suffrages), Patrick Bobet avait oublié une donnée nouvelle : l’UDF était devenue le MoDem. Non pas une nébuleuse aux idéaux vagues, soumise sans trop rechigner à la majorité UMP ou apparentée, mais un vrai parti obsédé par son autonomie. Pire encore, dans ce groupe MoDem de sept élus baptisé Bousc’avenir figurait l’un des moins modérés (on allait écrire le moins centriste) du nouveau parti de François Bayrou : Bruno Asseray.

Cet homme d’affaire hexagonal possède un CV politique discontinu : « Il avait le profil d’une personne de droite. D’ailleurs, quand mon prédécesseur Jean Valleix me l’a présenté avant les élections de 2001, il venait du RPF de Charles Pasqua », raconte Patrick Bobet.

Durant le premier mandat, rien de troublant ne se passa. Sauf aux législatives, neuf mois avant les municipales de 2008 : « Il a été le suppléant de Véronique Fayet sur une liste MoDem opposée à celle où je figurais moi-même, derrière Chantal Bourragué, sur la première circonscription. Je n’ai pas trouvé ça bien, mais j’ai fini par le considérer comme une péripétie. » En revanche, le maire du Bouscat dit être tombé des nues quand il découvrit en avril que son adjoint avait réclamé dans une lettre ouverte un groupe autonome MoDem à la CUB : « Cela me mettait en porte-à-faux vis-à-vis d’Alain Juppé, auquel j’avais assuré qu’il aurait quatre sièges du Bouscat dans le groupe Communauté d’Avenir », dit le docteur Bobet.

Démission et conflit

Celui-ci démissionna de la CUB pour provoquer de nouvelles élections internes au Bouscat. Elles précipitèrent cinq MoDem sur sept dans l’opposition municipale, aux côtés des socialistes, et Bruno Asseray dans une situation inédite à la CUB, en position de franc-tireur isolé : « Je ne vais pas revenir dans un groupe Communauté d’avenir qui m’a exclu », justifie-t-il aujourd’hui.

Dans ses allées et venues, Bruno Asseray a obtenu le soutien unanime du MoDem départemental alors que le mouvement, en pleine restructuration, se trouvait agité par des turbulences. Rapprocher Asseray du duo Didier Cazabonne-Joan Taris et sédimenter un mouvement auparavant inconsistant : telle fut la première conséquence de l’imbroglio du Bouscat. Le MoDem peut remercier Bobet.

Situation ambiguë

On passera sur les chamailleries au conseil municipal pour des candélabres et des oliviers. « M. Bobet ne nous reconnaît pas le droit d’opposants, c’est la guerre ouverte », dit Bruno Asseray. « Ce n’est pas sérieux, répond le maire, les gens de Bousc’avenir ont la parole et reçoivent les documents en temps et en heure, mais c’est vrai que ces pinaillages incessants donnent des conseils fastidieux et agaçants. »

De ces épisodes, faut-il conclure que Le Bouscat est devenu une sorte de laboratoire de conflits futurs entre UMP et MoDem, alliés de circonstances locales ? Patrick Bobet n’est pas d’accord : « D’abord, dans mon rôle de maire, je ne suis pas UMP. Ensuite, je n’ai pas de problème spécifique avec le MoDem puisque deux élus sur les sept sont restés dans ma majorité. Je garde d’excellentes relations avec les frères Cazabonne et Jacques Mangon, dont je déplore au passage qu’il ait trouvé sur sa route un UMP lors des dernières municipales de Saint-Médard-en-Jalles. Non, mon problème, c’est Bruno Asseray, que j’ai eu la malchance d’avoir chez moi mais qui aurait tout aussi bien pu se trouver ailleurs. J’ai été trompé dans mon désir d’ouverture et cette affaire m’a longtemps perturbé. »

La théorie de l’homme seul bute toutefois sur un fait : Bruno Asseray a l’appui de la majorité du MoDem au Bouscat, et son colistier Luc Pascal a été élu délégué du parti sur la première circonscription avec le soutien de Véronique Fayet, elle-même adjointe d’Alain Juppé et personnalité influente à la CUB. « Cette opposition nouvelle, c’est une vraie déception pour moi », reconnaît le maire, qui avait choisi lui-même les personnalités du MoDem parmi les dix présentées par Asseray. Et maintenant, il vit avec.

Auteur : HERVÉ MATHURIN

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